Jean-Pierre VIDAL
Chef de l'Unité d'Analyse Budgétaire à la BCE
 
était invité par le Comité Européen de Marseille
 au Club PERNOD (1, la Canebière)
le mardi 9 mars 2004, à 18 heures
Il a animé une conférence-débat sur le thème :

Jean-Pierre VIDAL
Chef de l'Unité d'Analyse Budgétaire à la BCE
 


 

Le pacte de stabilité et de croissance

Compte-rendu par Fabrice MAZEROLLE

En introduction, Jean-Pierre VIDAL a rappelé qu'avant le pacte, la situation économique des pays européens était caractérisée par des déficits chroniques, ainsi qu'un endettement public parfois très élevé.

L'apport du Traité de Maastricht, puis celui du pacte de stabilité (déficits inférieurs à 3% du PIB et dette publique inférieure à 60% du PIB) fut de permettre une répartition des responsabilités macroéconomiques entre les pays européens ainsi que la mise en place de la monnaie unique. L'objectif était d'obtenir un environnement macroéconomique stable et propice à la croissance par un retour à des finances publiques saines.

En effet, dans un tel environnement stable et prévisible, les agents économiques peuvent faire des choix adéquats et mieux éclairés. De plus, la réduction des déficits publics  abaisse les taux d'intérêt et permet une augmentation de l'investissement privé (effet d'éviction positif).

Ceci ne signifie pas, bien sûr, une remise en cause des politiques budgétaires en tant que moyen de stabiliser automatiquement la conjoncture. Il est clair par exemple que les indemnités de chômage constituent un moyen de maintenir la demande même lorsque les agents privés ne trouvent plus à s'employer en raison d'un ralentissement économique. En outre, on sait que les prélèvements sont une fonction de l'activité. En effet, ils augmentent avec l'activité et empêchent ainsi la surchauffe par la modération sur la dépense privée qu'ils entraînent.

D'un autre côté, il n'est pas question de défendre avec frénésie ces mécanismes keynésiens : on sait très bien, par exemple, qu'une réduction des impôts n'exerce pas forcément un effet de relance, puisqu'il arrive que les agents économiques anticipent que cette baisse sera suivie d'une hausse future encore plus grande, contre laquelle ils se prémunissent en épargnant plutôt qu'en dépensant la somme qui leur est provisoirement rendue par l'allégement fiscal (c'est l'effet de Ricardo-Barro).

Toutefois ces mécanismes de défiance à l'égard des politiques budgétaires sont atténués plus qu'amplifiés par le pacte de stabilité, car celui-ci à pour objectif la réduction des déficits, ce qui ne peut qu'augmenter la confiance.

Tout ceci plaide en faveur du pacte de stabilité, cela d'autant plus depuis que l'UEM existe : la disparition des taux de change implique que les ajustements se font désormais par le jeu exclusif des taux d'intérêt. Dès lors quand un état connaît un déficit trop élevé, ce n'est plus sa monnaie qui baisse, mais les taux d'intérêt européens qui montent, freinant l'investissement partout en Europe. De ce point de vue, le pacte est un choix vers plus de discipline et de respect du voisin.

Jean-Pierre VIDAL a fait une analogie entre le règlement d'une copropriété et le pacte de stabilité et est passé à l'analyse du bilan. Il a distingué la période avant la monnaie unique (1992-1997) et la période depuis.  En fait, selon Jean-Pierre VIDAL, la première période a été caractérisée par une pression fiscale relativement forte, ce qui a permis de maintenir les déficits dans des bornes acceptables. Dans la seconde période, la pression fiscale a pu baisser du fait de la réduction des taux d'intérêt (et donc de la charge de la dette). Il faut surtout retenir qu'aujourd'hui les déficits et la dette sont partout en voie d'amélioration si on fait une comparaison avec la période antérieure où il n'y avait aucun pacte. Jean-Pierre VIDAL a toutefois regretté que les gouvernements n'aient pas suffisamment exploité les conditions macroéconomiques favorables créées par le pacte.

L'intervention de Jean-Pierre VIDAL a suscité de nombreuses questions dans l'assistance. Madame la présidente du Comite Européen de Marseille, Monique BELTRAME, lui a demandé ce qu'il pensait de la question des déficits excessifs de la France et de l'Allemagne, tandis qu'un membre de l'assistance renchérissait en demandant à Monsieur VIDAL ce qu'il pensait de la déclaration de Romano PRODI qualifiant de stupide, voici quelques mois, le pacte de stabilité. Monsieur VIDAL, qui est davantage un technicien qu'un politique, est resté relativement aphone sur ces questions.

Un apéritif convivial à clôturé la conférence-débat.